25 octobre, à la Cité Miroir à Liège

Rencontre des acteurs de la campagne 70 ans de la DUDH

Dans le cadre magnifique de la Cité Miroir à Liège, le Centre d’Action laïque (CAL) de Liège, en la personne de Jean-Michel Heuskin, directeur de Mnema, a accueilli la rencontre des acteurs de la campagne « 30 articles à saisir », lancée par l’APNU à l‘occasion des 70 ans de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (DUDH).

Christiane Hessel

Stéphane Hessel : indignez-vous, engagez-vous

Christiane Hessel est venue rappeler, avec force et émotion, l’héritage spirituel de son mari, Stéphane, qui a connu les horreurs de la guerre, des camps de concentration et qui, tout au long de sa vie, a défendu les droits humains avec passion, intelligence, humour et poésie.

Plus que jamais, l’appel est lancé aux jeunes pour qu’ils s’engagent dans les combats pour la dignité des humains. Un appel chaleureusement soutenu par Christine Defraigne, présidente du Sénat.

Oui, les droits humains sont universels

Les droits de l’Homme changent-ils la vie des gens ? Catherine Haxhe, journaliste des émissions « Libres, ensemble » du CAL, animait le débat entre deux professeurs de droit : Eric David et Jacques Fierens.

La Déclaration universelle des Droits de l’Homme est un idéal à atteindre. En soi, elle n’est pas obligatoire par contre, le respect des divers articles qu’elle contient est devenu obligatoire à partir de la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations Unies en 1960 à propos de l’indépendance des pays et peuples colonisés. A noter que la Belgique, puissance coloniale à l’époque, s’est abstenue, souligne Eric David, président du Centre de droit international de l’ULB. Les divers Etats membres des Nations Unies ont l’obligation d’appliquer les résolutions du conseil de sécurité de l’ONU et donc, d’observer pleinement et fidèlement la DUDH, ainsi qu’il est rappelé dans diverses résolutions. Ce caractère obligatoire est donc entré dans la coutume internationale, rappelle Eric David. La DUDH est devenue un instrument normatif avec effet direct. Quant au texte, il est bel et bien universel car il a été adopté par l’ensemble des Etats de la planète et cette universalité des droits et libertés n’est pas remise en cause.

Reste à obliger les Etats à respecter les droits humains et l’affaire du parc Maximilien et la répression policière des réfugiés démontre qu’il y a encore beaucoup de travail à faire en Belgique. Mais cela, c’est une affaire de politique et de judiciaire, conclut Eric David.

Jacques Fierens, Eric David et Catherine Haxhe

Jacques Fierens, professeur de droit à l’UCL, UNamur et ULiège, insiste lui sur la notion de dignité : la DUDH peut changer la vie des gens, lutter contre la pauvreté accueillir les migrants c’est rétablir la dignité des humains, la dignité est essentielle à la vie humaine. Il énumère les « petits » de la DUDH : les pactes internationaux, les conventions diverses censés protéger les personnes même lors de parcours très difficiles. Il nous détaille une affaire qu’il défend depuis des années, d’un couple d’illégaux dont la femme attendait un bébé, contre le CPAS de Bruxelles. Lorsque le bébé est né, c’est le service social qui lui a donné un nom, la maman a été renvoyée à la rue et l’enfant placé dans une famille d’accueil. 4 ans après les tribunaux refusent de rendre l’enfant à ses parents. Sont violés le droit d’accès aux tribunaux, le droit de vivre dignement et de disposer d’un minimum de revenus, le droit au nom et à la dignité, le droit des parents de choisir un nom pour leur enfant, le droit à la protection familiale et à la vie privée… Mais grâce au droit d’association, cette famille a pu être défendue.

La DUDH est née du libéralisme, rappelle Jacques Fierens, elle connaît à présent les dérives du libéralisme. Les articles 21 et suivants concernent les droits économiques et sociaux.  Ils sont l’expression de la volonté d’assurer une vie meilleure pour les plus démunis, un équilibre entre les droits civils et politiques et les droits économiques, sociaux et culturels. On parle beaucoup des premiers et l’on oublie souvent les droits culturels (éducation, vie culturelle et artistique) qui sont, en réalité, un langage commun. Tout le monde a le droit d’entrer dans ce langage.

Remettre les droits humains au présent

Le débat géré par David Lallemand, représentant du Délégué général aux droits de l’enfant, illustrait la manière dont des acteurs de la société, de la vie culturelle et éducative, remettent les droits humains au temps présent. Avec la force des images, des sons, des textes et autres expressions artistiques, les jeunes expriment un espoir universel : que la paix règne sur terre, grâce à la liberté, l’égalité, la fraternité.

Le panel des coordinateurs pédagogiques animés par David Lallemand

  • Code Rouge de Lezartsurbains interprète le célèbre « Je n’ai rien dit » concluant le « Quand ils sont venus chercher » du pasteur Martin Niemöller, fustigeant la lâcheté des intellectuels allemands face à la montée du nazisme.
  • Nicolas Kurevic, des Territoires de la mémoire, explique le travail de langage, de pédagogie, de création artistique, de voyages afin de remettre au présent les drames du racisme, des exclusions, des guerres. Un immense travail qui servira tous ceux qui souhaitent participer à la campagne DUDH.
  • Florence Depierreux, représente « Annoncer la Couleur », un service de la CTB (Coopération belge au développement). 20 ans de solidarité mondiale mis à la disposition des enseignants, « ancrer la citoyenneté mondiale dans les écoles » grâce à des soutiens financiers et pédagogiques : un magnifique outil pour les enseignants. Illustré par une émouvante vidéo d’enfants de 4ème primaire à Ciney s’exprimant sur les droits des enfants.
  • « Mursmurs » de l’enseignante Catherine Buisseret du Lycée Guy Cudell à Saint-Josse : un projet remarquable qui va unir des enfants de 40 nationalités différentes – dont des classes de primo arrivants et des élèves ne maîtrisant pas encore la langue française Ils s’exprimeront  de manières diverses sur les droits humains, dans divers cours, avec pour symboles des murs qui n’enferment pas mais qui supportent les valeurs universelles. Résumé de ce projet : sensibiliser, s’indigner, s’engager, créer, transmettre. Rendez-vous lors d’une journée citoyenne le 3 mai 2018.
  • Représentant la RTBF, Stéphane Hoebeke est juriste et chargé de l’éducation aux médias. Le droit à l’information est le droit du public à l’information. Couplée à la liberté de créer, cela peut donner un bel engagement du service public en vue d’épauler les expressions des jeunes sur les droits humains dans différentes émissions de radio et de TV comme Niouzz- Ouftivi, Tarmac et autres. La RTBF s’engage dans la cohésion sociale, l’éducation à la citoyenneté et le développement de l’esprit critique, notamment par le biais de l’opération Journalistes en classe de l’Association des Journalistes professionnels, des ateliers interactifs comme celui sur les discours de haine dans les réseaux sociaux.
  • Pour Amnesty International (AI) Belgique francophone, Laurent Deutsch met en évidence le caractère joyeux de la DUDH, ce qui peut inspirer les enseignants et les aider à combattre la résignation, avec tous ceux qui le désirent, car tous, nous avons le pouvoir de changer les choses. AI propose donc une masse d’infos et de matériel pédagogique.

Relever le défi de l’humanité

Lors des questions – réponses qui suivirent, fusèrent des remarques et propositions, une forme de cette « intelligence multiple » grâce à la « multiplication des angles d’approche » par des « enseignants habités » par les droits humains. Un rôle essentiel car, ce que peut dire l’enseignant,  « l’enfant s’en souvient toute sa vie ». Le moment est venu de se « réinventer », de « croire en la politique », de « réinvestir le collectif », de « faire participer les minorités » ; mais alors, selon un intervenant, la « DUDH est issue de la pensée occidentale ce qui freine certaines populations, faut-il donc revoir certains articles ? » On avait pourtant démontré que la DUDH est universelle…

Il faudrait aussi « créer des réseaux où les enseignants ne se sentent plus seuls » ; « la pédagogie du progrès aide les enseignants, ouvre l’école sur l’extérieur, créent d’autres relations entre enfants et enseignants » ; « les organisations de jeunesse utilisent des pédagogies différentes » ; « la Fédération des Maisons de Jeunes utilise des méthodes d’éducation populaire et crée des ponts avec le scolaire », voir à ce sujet « le projet Jeunesse nomade le 9 décembre à la Cité Miroir : la rencontre de 45 jeunes de maisons de jeunes avec des demandeurs d’asile ou comment vivent les droits humains ».

Interrogations aussi sur le « problème de la neutralité obligatoire des enseignants : on propose une diversité d’acteurs » ; « le racisme est l’idéologie dominante, l’antiracisme est ringardisé » ; « On ne voit pas le mal arriver, à savoir la banalisation du racisme ; face à cela il faut unir nos forces. » Il faut donc « apprendre à penser avant de faire des militants », faire un « projet politique dans le bon sens du terme ». « La citoyenneté se base sur les droits humains ». « La neutralité n’est pas l’impartialité » ; « l’émancipation c’est relever le défi de l’humanité. »

Le président de l’APNU, Pierre Galand, a conclu cette première rencontre des acteurs de la campagne DUDH en les félicitant pour ces pistes de réflexion d’une très grande richesse. Il rappelle deux propositions qu’il a envoyées au ministre des Affaires étrangères Didier Reynders et à la ministre de l’Enseignement et de Promotion sociale Marie-Martine Schyns : inclure le texte de la DUDH dans chaque passeport et dans les journaux de classe des élèves. Et ce dès 2018. Quel meilleur moyen de rendre accessible à tous ce texte essentiel pour l’apprentissage à la citoyenneté ?

Nous contacter

N'hésitez pas à nous contacter pour toute question!

Not readable? Change text. captcha txt